Etre maman, Grossesse

J’ai failli perdre la vie pour que tu vives la tienne #2

ventre coelioscopie pma
[ cette article fait suite au précédent, à retrouver ici ]
Elle me ramène comme elle peut sur mon lit. J’ai atrocement  chaud, je lui murmure qu’il me faut un gant. Elle me ramène  un torchon trempé sur le front, puis elle appelle le SAMU, j’entend la conversation par bribe.
« Elle me dit qu’ elle a chaud, elle est gelé », « Elle ne tiens pas debout », « Oui oui je patiente » 
et je l’entend rouspeter « mais c’est pas possible, 10h pour avoir un medecin », 
elle me parle « ça  va? », « … », « tu peux pas avoir chaud, tu es gelée » …
Mon homme est rentré, j’entend ma mère aller le chercher
« Elle repart à l’hôpital, l’ambulance arrive, elle a perdue connaissance »


Il monte quatre à quatre les escaliers, me rejoint, me recouche correctement et part se laver pour m’accompagner.
L’ambulance arrive, on me demande de monter sur le brancard et j’en suis incapable. Je fini par partir, j’envoie un coucou avec le peu de force que j’ai, à ma fille derrière la baie vitrée, qui ne comprend pas.
14h, nous arrivons aux urgences maternité. 
J’ai le droit à un Doliprane dans un riquiqui fond d’eau, tellement ridicule, qu’il paraît inexistant.
Et l’attente commence. 
Je suis allongée sur un lit dur comme du béton avec la machine à échographie qui me bourdonne dans les oreilles, j’ai le droit à des prises de sang en guise de bienvenue et je patiente au son des alarmes que des femmes sur le point d’accoucher déclenchent sans cesse.

Je 

Une heure passe, puis deux, puis trois.
Je demande ce qu’il en est, on me répond « une petite anémie ». 
Je suis prise en charge par une étudiante qui vient voir de temps en temps si ça  va. Mais si ça  allait, non je ne serais pas là.  Cinq heures se sont écoulées, je n’en peux plus. À  mon tour je déclenche l’alarme et déclare 

« je suis ici depuis 5 heures, mon homme est crevé sur son fauteuil tout pourrit, j’ai les oreilles qui vont exploser avec la machine qui bourdonne à côté, moi aussi j’aimerais pousser plutôt que d’attendre ici, alors soit vous faites quelque chose, soit je rentre chez moi ».
Quelques minutes plus tard l’interne beau gosse qui m’avait fait mes papiers de sorties, daigne enfin me saluer et m’emmène faire une écho dans une autre salle.
Je dois descendre dans un fauteuil roulant, me déshabiller puis remonter sur un fauteuil d’examen à une allure tellement lente, qu’on aurait pu faire un aller retour Paris-Marseille entre temps.
L’échographie commence, je fixe mes yeux sur le beau regard de l’interne et patiente, en me disant que demain tout ira mieux.
Je le vois changer de tête, « je vais passer en interne »
Soit, au point ou j’en suis, on est plus à ça  près.
Il a, à peine le temps de rentrer la sonde, qu’il retire tout et sans même me lancer un regard. 
« On vous reopère, vous faites une hémorragie interne »
Je crois qu’à ce moment là, 10 000 choses sont passés dans ma tête. Et j’ai sortis un simple 
« Quand ? ».
« Maintenant en urgence, j’appelle mes collègues on va vous préparer ».
Mon homme, à changé de couleur. J’ai rigolé « tu vois c’est de ta faute, tu avais dis qu’avec la chance que j’avais ils allaient me rater ».
J’étais la seule à en rire, l’interne à fixé mon homme et lui a dit 
« vous avez quand-même pas dis ça? ! »
Il ne disait plus rien. Bouchebé, il m’a fixé un bon moment.
J’avais attendue cinq heures, cinq longues heures, et tout à coup, assistants, infirmières, anesthésiste, chirurgienne et je ne sais qui encore, m’entouraient. Une bonne dizaine de personnes venaient de débouler en cinq minutes dans la pièce. Je partais au bloc pour la seconde fois en 48h à peine, en traversant la maternité  où des femmes accouchaient. 
Je n’ai pas eu le temps de dire quoi que ce soit, ni de penser à ce qu’il pourrait m’arriver. Mon homme devait rentrer s’ occuper de la petite, non il ne pouvait pas me laisser mes affaires car je n’avais pas encore de chambre, oui on l’appellerait à la sortie du bloc.
Deux heures et deux litres de sang enlevé de mon ventre, plus tard, je me retrouvais à nouveau en salle de réveil et ma première  pensée (puisque les réveils ne me réussissent définitivement pas) a été pour cette infirmière. Je sortais d’une opération et je m’excusais d’être dans cette salle, de l’occuper plutôt que de la laisser au calme.
J’ai voulu appeler mon homme, il était 22 heures passés. J’ai donné  le numéro à l’infirmière,  ce n’était pas le bon, un second, pareil, puis finalement on a regardé le dossier. Je l’ai eu très brièvement. Il était inquiet. Personne n’avait appelé, j’étais partie au bloc depuis presque quatre heures.
DIMANCHE

Les douleurs se sont apaisées, mais je me sens faible et fatiguée.
On vient me proposer le petit déjeuner, que je pourrais engloutir en trois bouchées. Je n’ai toujours pas mangé depuis presque 4 jours, ni bu d’ailleurs. J’ai le droit à un thé, des tartines, je relève le lit médicalisé. un tuyau sort de mon ventre, pour évacuer le reste du sang. 
Je vois le sang couler encore et encore et la bouteille de recueil au pied de mon lit remplie. J’en informe la personne qui amène mon plateau. Elle me demande de patienter, elle va chercher une infirmière, je dois attendre avant de manger.
Je salive devant cette tartine devant moi. On reviens et on m’embarque mon plateau, car « on ne peut pas vous laisser manger encore, on va attendre les résultats« .
C’est comme donner un jouet à un enfant pour le lui reprendre.
Je patiente, encore et encore, je somnole, je suis claquée et je m’enfonce doucement dans mon oreiller.
Quelques personnes font leur apparition, encore! 
L’interne beau gosse, un autre avec mon dossier grand ouvert dans les mains, deux infirmières ou trois. En faite je ne sais plus trop. On me parle, mais je m’endors, on me pose des questions, je n’y répond pas, je suis fatiguée. 
On me dit de ne pas dormir, on me secoue un peu, 
on me dis des choses que je ne comprend même pas.

C’est un peu comme si vous n’aviez pas dormi depuis des semaines, à bout de force, on ne résiste plus.
Puisque je ne répond pas, on me met deux poches devant moi… du sang. On me transfuse.
On me branche, on me parles encore, sans cesse, on me bouscule gentillement et je retourne en salle de réveil pour la troisième fois.
Mon homme n’a aucune nouvelle, ma belle-mère à harcelé le standard, ma fille demande où je suis. Pour finir on les accueillent à  mes côtés en salle de réveil. Mais qu’elle vision d’horreur. 
Je suis branché à je ne sais combien de capteurs, l’infirmière a caché le tuyau qui sort de mon ventre à la vue de ma fille, mais elle fixe ces poches de sang, que l’on ne peut enlever,
Après ça, elle n’a jamais voulu remettre les pieds à l’hôpital et comme je la comprend.
Cet après midi, je dois repasser un scanner. Toujours interdite de manger ou boire, selon les résultats peut être qu’on devra me réopérer.
Et dire que moi je ne voulais qu’un bébé.
Le soir le verdict tombe « on ne comprend pas d’où vient l’hémorragie, ça  c’est stoppé tout seul, vous pourrez manger dés demain ».
Le lundi on me retirait la sonde urinaire.
Le mardi on me retirait ce tuyau qui sortait de mon ventre sous hypnose. Et je pourrais également vous parler de cette expérience en laquelle je ne croyais pas.
Le mercredi je sortais de l hôpital et j allais récupérer ma fille qui avait fait sa rentrée sans moi.
Une semaine plus tard je mettais pour la première fois, mon nez dehors.
Un mois et demi après je portais à nouveau la vie.
Il y avait 1 petit pour cent de chance pour que l’opération se complique. 
On se dit toujours que ça n’arrive qu’aux autres. On donne son sang, sans penser un jours que l’on pourra en avoir besoin. On souhaite un bébé, sans penser que l’attente puisse être longue ou difficile. On aime, sans jamais se dire que l’on peut perdre un proche le lendemain.
La vie est faite de petites choses dont il faut prendre soin

Je sais que cet article est long, pas très joyeux, un peu lourd. 
Ponctué de jolies fautes car je n ai pas spécialement envie de le relire en boucle.
Je sais aussi que même s’il finit bien, j ai toujours ces trois cicatrices comme un rappel. Que parfois j en rêve et que je me dis que j ai de la chance. Parfois je m imagine aussi le pire et me demande ce qu’il en aurait été si je ne m étais pas levé et perdu connaissance.
Mon taux d hémoglobine avait chuté de près de 2/3 de ce qu’il est en temps normal et j’ai été sauvée grâce à une personne qui a eu la générosité de donner son sang.
J’ai été donneuse dès ma majorité, je ne pourrais plus l’être désormais. 
Mais aujourd’hui je trouve que c’est important d’en parler et d’en faire prendre conscience aux gens, qu’ils soient proches ou non.
Et si je ne souhaite cette expérience à personne, 
je ne peux que vous conseiller que de vivre à fond 
et profiter de chaque moment
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16 thoughts on “J’ai failli perdre la vie pour que tu vives la tienne #2”

  1. Tout est bien qui finit bien! Mais quelle histoire quand même. Difficile dans ces conditions de se dire que c'était pour un bien car tu aurais vraiment pu y passer. Malgré tout, la vie a su reprendre le dessus et j'imagine combien cette grossesse a dû avoir une double saveur pour vous et combien elle devait vous être très très précieuse. Je pense qu'après ce que vous avez traversé, vous devez savourer deux fois plus cette chance que vous avez d'avoir un autre enfant.

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  2. Waow, quelle expérience…heureuse de voir que ça c'est bien passé et que tout est – j'espère – derrière toi…tu as raison le don du sang est essentiel et il est toujours essentiel de le rappeler!

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  3. Quelle histoire !

    C'est vrai que l'on ne s'attend pas à risquer sa vie lorsque l'on souhaite avoir un bébé… Heureusement que dans ton cas tout finit bien, même si bien sûr cet événement t'a marqué (et c'est bien normal)… Tu es là auprès de tes enfants et c'est l'essentiel 🙂 Bisous

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  4. oh my god, je suis complétement bouleversé pas ton histoire…je t'avoue que je ne trouve pas trop les mots, mais je ne pouvais pas partir sans te laisser ce petit commentaire.
    La vie est vraiment fragile, courte et éphémères, je suis contente que tout finisse bien, mais je suis colère qu'on ai pu te faire « patienter » 5h, un truc de dingue quand même…
    PS: je donne mon sang, et le donnerais tant qu'on en voudra
    Des gros bisous à toi et merci de nous avoir partagé ce moment bouleversant avec une jolie fin heureuse ❤

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  5. J ai mis du temps à réaliser, bien plus que mon entourage. On a préservé quelques personnes d ailleurs. Dont certains croient encore que ce petit bébé est arrivé sans que l'on ne patiente beaucoup.

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  6. Je t assure que moi aussi j ai été révolté, parce que je suis résistante à la douleur. J ai précisé que j avais mal, que je vomissais noir (je vomissais du sang en faite), que j étais incapable de tenir debout ni même assise. J étais sous anti coagulant également (ce qui aurait du être pris en compte) . Je leur en ai voulu de m avoir fait attendre. J avais conscience que des femmes accouchaient et qu'il fallait s en occuper. Mais en 1h ils avaient les résultats, ils auraient pu se poser des questions. On a pas su tout non plus pourtant j étais concerné. Et je n ai eu les résultats de ma prise de sang qu'en novembre via l endocrinologue quand j étais enceinte. J ai vu les chiffres dont personnes ne s étaient soucié. Ils étaient déjà pas top lorsque je suis arrivé aux urgences. Et quand tu vois que j ai du beugler pour être prise en charge et qu'en 5 minutes le pronostic était sortie, ça te fiche les boules. Pour avoir eu mon dossier entre les mains pendant la grossesse et avoir vu une carte de demande EFS avec la case urgence vitale. Don sous 30 minutes épinglée, ça t en bouche un coin. Un gros coin même

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  7. Hello,
    Merci pour ce deuxième épisode (suite et fin) que j'attendais avec impatience. J'espère que la grossesse qui a suivi n'a pas été trop difficile…
    Je retrouve beaucoup de choses vécues dans ton histoire.
    Cette histoire est difficile, bouleversante et se finit bien. Pourtant je crois que tu la garderas toujours en toi (et pas qu'à cause des cicatrices). En tous les cas nos difficultés de santé nous les avons vécues comme ça. Il y a un avant et après. La vie reprend son cours mais une page s'est tournée.
    Je suis contente que tout se termine bien. J'imagine que ça a été difficile pour toi mais aussi pour ton mari et ta fille (pas facile d'être celui qui attend non plus). Je suppose que le sourire d'un enfant tant attendu et désiré efface beaucoup de choses (j'espère).
    Je ne peux plus donner mon sang mais tu as raison c'est essentiel !
    J'espère que ton histoire aidera les gens à dépasser la peur de l'aiguille 😉

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  8. Et bien… je n'en reviens pas que la prise en charge ait été aussi longue et fastidieuse… en fait, ça ne m'étonne malheureusement pas, mais ça me révolte. C'est une « expérience » qui semble tellement intense et dure, je t'admire pour l'avoir partagée ici en toute sincérité. Je me dis que ça ne doit pas être facile de replonger dans tout cela. Pour ma part, je ne peux pas donner mon sang pour plusieurs raisons, et ça me frustre un peu… ce genre de rappel est toujours bon à faire !
    Et je suis heureuse de voir qu'après toutes ces épreuves tu as pu de nouveau porter la vie !

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  9. Je crois que l attente reste la chose qui m a le plus marqué, de ne pas avoir été prise au sérieux. Que ce soit à l hôpital et même le Samu qui n était pas plus inquiet que ça. J étais à l époque sur un forum, avec des mamans en essais et je leur avais dis «la douleur que je ressens est tellement forte, qu'à côté des contractions d accouchement me sembles bien légères». Et le fait aussi qu'on ai jamais su me dire d'où ça venait, on avait l impression qu'on était prit pour des pigeons et qu'on ne nous disait pas tout. Ces deux choses je les ai gardé en tête plus que le reste finalement je crois.

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  10. Ton histoire fait froid dans le dos… Je donne régulièrement mon sang, je crois que maintenant j'aurais une petite pensée pour toi à chaque fois que je le ferais… quelque part des histoires comme la tienne, aussi difficiles soient-elles, donnent une raison « concrète » de le faire !
    Bravo pour ton courage en tout cas, mettre des mots sur toute cette aventure n'a pas du être facile…

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  11. Pas évident mais nécessaire. Quand je vois que pour moi, qui n'avais pas grand chose, on m'a déjà fais picoler 2 poches, je me dis que pour d'autres 2 poches c'est vraiment peu et qu'il est réellement nécessaire de montrer que l'on ne fais pas ça pour rien ! Merci

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  12. Merci. Moi aussi 2 accouchements magnifiques, c'est juste l'essentiel. J'ai eu 2 accouchements parfaits. Le deuxième idyllique, je pense que d'ailleurs tous les accouchements devraient se dérouler aussi simplement que celui-ci.

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