Accouchement;, Etre maman, Naissance

J’ai accouché sans péridurale

J’ai vécu un premier accouchement qui reste gravé dans ma mémoire comme un accouchement superbe mais … avec un péridurale dont j’aurais pu me passer.

Tout était génial, mais j’ai toujours eu cette sensation que l’on m’avait imposé l’anesthésie alors que j’aurais pu faire sans.
Pour se second accouchement j’étais clairement partie dans l’optique de me passer de péridurale et ce dès le départ. J’avais contacté une sage-femme pratiquant les accouchements à domicile (et donc sachant parler de l’accouchement physiologique), j’avais présenté un projet de naissance lors de l’entretien du quatrième mois, j’avais même signé un papier pour accéder à la salle nature de l’hôpital tout en étant incertaine que l’équipe du jour J m’y accorde l’accès à cause de mes piqûres quotidiennes d’anti-coagulant.
Salle physiologique
Salle physiologique

Source: Google images

J’avais parlé de ce projet à mon entourage, entendu des « non mais t’es folle tu vas souffrir pour rien« , « mais c’était à l’époque de nos parents qu’on se passait de péridurale, maintenant c’est révolu« , même l’échographe m’avais demandé où était l’intérêt de l’accouchement naturel et si je n’étais pas un peu sadique de vouloir souffrir.

J’évitais le sujet pour ne pas avoir à faire un monologue sur les bienfaits de l’accouchement naturel et devoir justifier sans cesse mon projet, tout en me disant que le jour J si vraiment ça n’allait pas, je pourrais toujours revenir sur mon choix.

J’ai lu des livres, des témoignages, j’ai écouté avec bienveillance les paroles de ma sage-femme, j’ai douté de mes capacités d’accompagnement de la douleur, –car oui on accompagne une contraction, on ne la « gère » pas, comme je le disais autrefois-, j’ai questionné, j’ai eu peur puis été rassuré.

Et puis un jour … J’ai accouché pour la seconde fois.

……….……….……….……….

Jour J

Nous sommes le 8 juillet, DPA+1, enfin selon les échographies.

7H du matin ou quelque chose comme ça, j’ouvre un œil avec un petit mal de ventre mais reste au lit le temps que mon homme se lève lui aussi.

8H je commence à compter l’espacement entre les contractions, sans pour autant m’en affoler.
C’est étrange, bien des fois durant ces dernières semaines, j’ai cru que le jour J arrivait enfin, j’étais excité mais aussi tellement craintive du dénouement de ce jour et puis là, je sais désormais qu’il me reste juste 4 petits jours pour que bébé se décide avant le déclenchement et pourtant je suis calme, paisible, tout en me disant que finalement c’est peut-être un faux travail.
10 minutes plus ou moins entre chacune de ces vagues, j’ai le temps de faire du rangement, deux lessives, d’imprimer les dix commandements & de finir mon kit de survie du papa, de ranger mon linge, prendre une douche…

9H je perd du sang. Un peu comme des règles légères. Pas d’inquiétudes, c’est sans doute le col qui commence ENFIN à travailler avec les contractions.

10H30 toujours ces pertes, toujours les contractions. J’envoie un message à mon homme, pour qu’il dégaine son téléphone et appel quelqu’un pour s’occuper de miniPuce. Jusqu’à présent je m’étais occupé de toute la partie « chambre, fringues et cie… » de bébé et mon homme avait décidé qu’il gérerait le reste le jour venu pour m’éviter un stress supplémentaire.

11H30 une amie vient chercher miniPuce, nous buvons même un verre sur la terrasse pendant que je me dandine de droite à gauche, de gauche à droite comme un métronome, pour ne pas avoir à sentir les contractions assise sur une chaise. Mon homme vient de rentrer, étend la seconde machine. Je ris de la situation. Je sais que ça y est, c’est enfin le bon jour et nous sommes autant l’un que l’autre détendu.

12H et des brouettes, les sacs sont déjà dans le coffre depuis bientôt 3 semaines si ce n’est peut-être plus, il me reste tout de même quelques affaires à regrouper, l’appareil photos, le mp3 pour mettre de la musique en patientant jusqu’à l’accouchement, les écouteurs au cas où, les chargeurs, le vaporisateur qui est au frigo car aujourd’hui il fait beau, une bouteille de Coca pour mon homme, nos cartes de pronostics pour s’occuper dans la salle, la carte vitale, la mutuelle, la carte d’identité, l’homéopathie … Un vrai chargement.
Ah et le ballon au cas où ceux de la maternité soient tous nuls. S’en suit une grosse partie de rigolade, car oui le ballon Pilate est un peu gros, il faut donc le dégonfler, mon homme restera 10 bonnes minutes allongés dessus dans le couloir pour le dégonfler un maximum.

12H25 départ pour la maternité.
Nous sommes harcelés de coups de fils et SMS depuis quelques temps, nous demandant si tout va bien, si bébé est arrivé (« biensûr que oui mais nous ne voulions pas vous le dire ah ah !!!« ).
Je reçois un énième message sur mon téléphone à ce moment là.
Etant devenue légèrement hystérique depuis ces quelques jours (semaines) de harcèlement à la vue d’un SMS ou coup de téléphone de ce genre, mon homme prend les devants et répond à ma maman « oui tout va bien et vous ?« .
30 minutes de route pour arriver à la maternité. Lunettes de soleil sur les yeux, musique, main dépassant de la fenêtre pour caresser le toit (et m’accrocher de temps en temps lorsqu’une contraction me déplaît un peu), j’ai avalé mes doses homéopathiques et suis assez détendue, j’arrive à somnoler, admirer le paysage dans le silence. Mon homme me fait remarquer que c’est même trop calme car d’habitude « je jacasse pour ne rien dire« .

13H nous arrivons à la maternité.
Le temps d’être pris en charge, mon homme s’occupe de faire les papiers à l’accueil des urgences gynécologique pendant que j’écrase ma tête sur la vitre de l’administration le temps de la contraction.
Et je remercie mon homme de prendre les choses en main, il expose notamment un point de mon projet de naissance « pas d’étudiants s’il vous plait » et répond aux questions:

– la dame           « elle a des contractions depuis quand? »
– mon homme    « euh 11 heures et demi ?! »
– moi                « non non, un peu plus tôt quand même »
– la dame          « et espacées de combien de temps »
– mon homme   « espacées de combien de temps ma chérie? »
– moi               « bah j’en sais rien, j’en ai ça suffit bien déjà, non?! »

13H15 On nous emmène en salle de consultation, « mais il faut patienter car une dame vient d’arriver avant vous, on revient« .
Je rentre dans la salle, essuie 2 ou 3 contractions en dandinant toujours des fesses debout et tout à coup je déchante complètement, je suis rendue à 4 pattes par terre, en culotte, la tête posé sur le tabouret puis sur le bureau et demande à mon homme de compter l’espacement entre les contractions, 2 minutes, 3 minutes, 2 minutes …

15 minutes plus tard je lui demande d’appuyer sur la sonnette et de prier pour que je sois rendue au moins à 5cm de dilatation. 2 personnes arrivent, on me demande de me relever dès que la contraction est passée, mais j’ai la sensation que ça ne s’arrête jamais. Je me lève, me déshabille, m’installe pour voir où j’en suis et m’excuse de salir le sol avec les saignements.

La sage-femme me demande de lui dire quand elle peut y aller.
« Allez-y de toute façon j’ai l’impression que ça ne s’arrête jamais »
– la sage-femme « Bon bah vous êtes à dilatation complète »
« J’ai pas perdu les eaux, comment je peux être à dilatation complète? »
– la sage-femme « En faite si vous avez percé la première poche, d’où les saignements, y en a deux. je vais vous chercher un fauteuil on va en salle d’accouchement »
– « Ah non, non vous inquiétez pas, je vais y aller à pied »
– la sage-femme « Vous rigolez, vous allez accoucher dans le couloir, vous allez affoler tout le monde ».

Sans que je ne demande quoi que ce soit, nous prenons la direction de la salle d’accouchement physio, celle qui soit disant « me serait sans doute refusé à la vue de mon antécédent et mon traitement« .
3 personnes sont déjà en place, se présentent mais je n’ai pas réellement la tête à écouter. Je retiens juste qu’il y a un homme, présent pour me poser un cathéter, pour la suite de l’accouchement. C’est la délivrance dirigée -enfin on m’a présenté ça sous ce nom- que l’on impose à chaque femme sans que l’on soit au courant. L’injection d’un produit pour aider à la délivrance du placenta et éviter les hémorragies.

On me propose de grimper sur la table et de pousser dès que je serais prête. Mais je suis incapable de monter sur le lit, la position verticale me soulage et me semble approprié. Je suis calme, j’ai envie de dormir, je n’ai plus aussi mal qu’il y a 10 minutes auparavant, je suis debout, penché en avant sur le lit à somnoler, on me pose tout de même les capteurs de rythme cardiaque et de contractions. J’ai même la sensation de ne plus sentir les contractions, comme si mon corps par lui même avait supprimé les douleurs des contractions.

Il faut que je pousse tout de même car le bébé n’aime pas trop les contractions, alors je commence à pousser, n’importe comment, car je ne sens plus rien.
J’ai cette impression que l’on m’a posé une péridurale alors que je ne suis branché à rien.
Je pousse et sens un truc qui descend, une boule qui m’arrive entre les cuisses, par automatisme je met la main pour toucher en croyant que c’est la tête du bébé et qu’il va tomber, mais non … C’est la poche des eaux.
La sage femme perce, j’ai l’impression d’inonder la pièce car ça ne cesse de couler. Il faut à nouveau pousser, j’ai du mal, beaucoup plus que lors de mon premier accouchement où j’avais eu la sensation que c’était si simple grâce à la péridurale. Cette fois-ci j’ai l’impression que je n’y arriverais jamais.

J’envoie mon homme à la bataille, à l’arrière pour qu’il réceptionne le bébé alors qu’il est face à moi.
Il souhaitait prendre le bébé « à la sortie », je lui ordonne d’y aller de suite. Et je pousse encore, j’ai mal mais à peine j’ai fini la poussé que j’enchaîne à nouveau. J’ai cette impression que cela dure un bon moment mais finalement un peu plus tard je me rendrais compte que ce n’était pas si long.
La tête passe enfin, puis le corps très facilement, mon homme récupère notre bébé. Je me retrouve debout le cordon entre les cuisses et la sage-femme qui propose à Monsieur de couper le cordon.
Il répond « j’aimerais bien, mais j’ai les mains occupée« , la sage femme coupe alors.

Je fini par enfin monter sur le lit pour découvrir mon bébé, me faire poser une perfusion, éjecter le placenta, me faire recoudre et faire la première tétée.

Il est 13 heures 50, j’ai accouché, naturellement, sans péridurale, d’un merveilleux petit garçon qui me regarde déjà les yeux grands ouverts.

……….……….……….……….

Accouchement idyllique.
Je ne cesse de me remémorer ce moment en me disant que j’ai eu la chance de n’avoir eu que quelques minutes de douleurs (celles qui m’ont vraiment fait mal ont durées 20 minutes tout au plus), que c’était rapide et beau.
J’ai réalisé mon projet d’accoucher le plus naturellement possible, même si je n’étais jamais imaginé accoucher un jour debout (et ça a surpris beaucoup de monde de savoir que c’était possible d’ailleurs).
L’avantage de ne pas avoir d’anesthésie c’est que l’on s’en remet très facilement, j’ai pu prendre une douche en salle d’accouchement une fois la perfusion finie (soit à peine 2h après l’accouchement), j’ai reçue ma première visite en arrivant en chambre (ma fille, puis ma belle-mère), j’ai pu me déplacer normalement.

Ma Sage-femme m’a toujours dit que le corps était merveilleux, qu’il fallait lui faire confiance, qu’il libérait des hormones anesthésiantes sans avoir besoin de péridurale, que certaines femmes arrivait un dormir entre les contractions …
Lorsque je lui ai parlé de ce jour, je me suis un peu retrouvé dans ces mots.
La douleur a disparue pour me laisser m’apaiser et me reposer avant les poussées. Je trouve ça tellement impressionnant.
La douleur ressentie pendant la poussée s’efface par la suite pour ne laisser le souvenir que du meilleur.

Mon corps est merveilleux, il a donné la vie.

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6 thoughts on “J’ai accouché sans péridurale”

  1. Superbe accouchement et très beau récit <3
    Moi aussi, j'ai découvert la délivrance dirigée lors de mon deuxième accouchement, car non content de m'avoir éclaté trois veines avant de réussir à poser la perf, cette dernière été coudée donc la sage-femme m'a injecté un truc en force sans explication -j'ai appris plusieurs jours après que ça devait être de l'ocytocine !!!
    Et je confirme, le corps humain est incroyablement bien fait même si les dernières contractions sont vraiment horrible et encore plus quand le dernier toucher vaginal t'a laisser croire que tu étais encore très loin de la fin …

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  2. Très bel accouchement !
    C'est vrai, le corps est très bien fait.
    Je ne pensais pas qu'il était possible d'oublier si vite la douleur après un accouchement sans péridurale, mais si ! Et au final on s'en remet très vite ! Tu peux être fière de toi 🙂

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  3. Je trouve ça juste dommage d apprendre qu'on nous fiche des trucs sans en être au courant. Même si c est le protocole, même si c est pour tout le monde pareil, on devrait en être informé et ne pas l apprendre au dépourvu

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